MAIS OU EST DONC PASSEE LA 101e AIRBORNE DIVISION?
 
Depuis la sortie du livre de l'historien Jean Quélien "Le jour-J et la bataille de Normandie" et qu'en parallèle, la controverse sur le changement de nom de certaines communes normandes se propagent sur les réseaux sociaux et dans la presse, de vielles querelles se raniment.

Mais quelle est donc la "1ère commune libérée de France" lors du débarquement de Normandie, le 6 juin 1944? Chacun veut s'approprier la primeur, et les intérêts touristico-commerciaux s'entrechoquent aux dépens de la véracité historique.
Ranville, Bayeux, Bénouville, Sainte-Mère-Eglise, Neuville, Sainte-Marie-du-Mont.. pas moins de six communes se prévalent du très contesté titre. Mais aucune n'y apporte de fondement historique. Et quand la fiction s'en mêle, pour devenir aux yeux du grand public une fresque historique, c'est à une véritable catastrophe historique que l'on assiste. Les amalgames du grand public sont grotesques : les Américains ont sauté sur la place de Sainte Mère "l'Eglise", on cherche la tombe du Soldat Ryan au Cimetière de Colleville et celle du Général De Gaulle à Sainte-Mère-les-Deux-Églises !

Mais qui étaient réellement les premiers ?

Les premières unités à arriver en Normandie sont les unités aéroportées, les parachutistes. En Normandie, elles sont au nombre de trois divisions (1 britannique - 2 américaines). Les Britanniques de la 6e Airborne sautent sur un secteur à l'Est de la plage de débarquement de Sword Beach. Les Américains de la 82e Airborne Division sautent sur un secteur à l'Ouest de Sainte-Mère-Eglise.

L'histoire que raconte le cinéma et que l'on entretient, semble passer sous silence un détail d'envergure. John Wayne et la 82e Airborne Division sont largués sur le village de Sainte-Mère-Eglise et le grand public applaudi et s'en tient là. Mais où est donc passée la 101e Airborne Division? Où sont ces 10.000 hommes? Ils ne sont pas dans "Le Jour le Plus Long", donc c'est qu'ils ne devaient pas être là !

Que nous permettent d'affirmer les documents officiels et divers rapports de l'U.S. Army consultés aux Archives Nationales de College Park, USA ? Ils nous démontrent qu'au niveau de la course au glorieux titre "de premier", les oubliés de la 101e ne sont pas les derniers! Car, quelle est la toute première unité alliée à arriver en Normandie le 6 juin 1944? C’est elle, la 101e.
Les éclaireurs de la 101e Airborne arrivent les premiers et selon les rapports très détaillés du Capitaine Frank Lylliman, commandant des éclaireurs de la 101e, et du Colonel Crouch, pilote de l'avion, il est précisément 00h12.

En secteur britannique, les premiers planeurs se posent très précisément, selon les rapports britanniques, près du pont de Bénouville à 00h16.

Les premiers soldats alliés du débarquement de Normandie à poser le pied en France lors de l'opération Overlord sont donc Américains.

Ensuite, les premiers paras de la 101e Airborne Division sautent à 00h50, les premiers paras de la 6e Airborne britannique sautent également à 00h50, quant aux paras de la 82e Airborne, ils arrivent une heure plus tard à 01h51. Sur le village de Sainte-Mère-Eglise, ne tombent que quelques paras. Un nombre bien insuffisant pour s'emparer du bourg. Tactiquement un village n'est pas une zone de saut et n'a jamais été désigné en tant que telle. On ne saute pas sur un village, on y est largué par accident. Les parachutages eurent lieu sur des terrains de localités voisines, Amfreville, Picauville... et Saint-Mère-Eglise sera libéré aux environs de 04h00, bien trop tard pour pouvoir prétendre au très convoité titre.

En effet, quand les Pathfinders de la 101e Airborne s'emparent de la commune de Saint-Germain-de-Varreville, il est environ 00h30. C'est ensuite la commune de Hiesville qui est libérée, toujours par la 101e Airborne. Ranville sera libérée vers 02h30.

Saint-Germain-de-Varreville, située le long de la côte, à proximité d'Utah Beach est donc la première commune libérée au cours du débarquement de Normandie.

N'en déplaise aux révisionnistes, la première unité américaine à toucher le sol normand est la 101e Airborne, elle arrive une heure avant son unité sœur la 82e Airborne. Ses objectifs sont les arrières de la plage d’Utah Beach et les ponts et les routes aux abords de Carentan. Ce fait historique non contestable va donner lieu à une multitude de : "qui étaient les premiers ?"

Des réponses? On vous apporte quelques réponses....

- Où le premier Général américain a-t-il été tué au combat ? Hiesville, Gen. Don Pratt, 101e Airborne.

- Où se trouve le premier château libéré de France? A Saint-Côme-du-Mont, Le Bel Esnault.

- Où déplore-t-on une des premières victimes américaines en Normandie ? A Saint-Côme-du-Mont - Cpl. Gene Sellers, 101e Airborne.

- Où est la première église sur laquelle un parachutiste est resté accroché ? Saint-Come-du-Mont - Sgt. Joe Beyrle, 101e Airborne.

- Où a été capturé le premier drapeau ennemi du débarquement de Normandie ?  À Ravenoville James Flanagan - Forrest Guth, 101e Airborne.

- Où a été installé le premier hôpital de campagne de l'U.S. Army en France ? Hiesville, 101e Airborne.

- Où se trouve la route la plus contestée du Débarquement de Normandie ? 
Saint-Côme-du-Mont, là où les paras allemands ont affronté les paras de la 101e pendant six jours durant. Route que les Américains surnommeront Purple Heart Lane en raison des nombreuses victimes.

- Où est menée la première charge à la baïonnette du débarquement de Normandie ? À Carentan, Col. Cole, 101e Airborne.

- Où est installé le premier poste de commandement d'un régiment américain en France ?  À Saint-Côme-du-Mont, au château Bel Esnault, 101e Airborne.

- Où est installé le premier poste de commandement d'une division américaine en France ?  À Hiesville, 101e Airborne.

- Où le premier Lt. colonel de l'armée américaine a-t-il été tué au combat lors du débarquement de Normandie ?
A Saint-Côme-du-Mont, Lt. Col. Wolverton, 101e Airborne.

- Où le premier Major de l'armée américaine a-t-il été tué au combat lors du débarquement de Normandie ? À Saint-Côme-du-Mont, Maj. Grant, 101e Airborne

- Qui est le premier aumônier allié à arriver en France ?  Capt. Raymond "Chappie" Hall, 101e Airborne, 00h50

- Qui est le premier colonel allié à arriver en France ? Col. George Van Horn Moseley, 101e Airborne, 00h50

- Qui est le premier officier médical américain à arriver en France ?  Maj. Doug Davidson, 101e Airborne, 00h50

- Quel est le premier avion de transport de troupe abattu lors du débarquement de Normandie? Stick du Lt. Rothwell, 101e Airborne

- Quel est le Premier prisonnier américain du débarquement? WOJG Dillburn, 101e Airborne

Malheureusement pour les faits d'armes de la 101e Airborne, le film "Le Jour le Plus Long" est tout simplement perçu comme une fresque historique par beaucoup. C'est même bien souvent le scénario de cette fiction cinématographique que l'on retrouve dans la plupart des guides touristiques des grands éditeurs, qui vendent une histoire tronquée. La 101e en est la grande absente, et pire peut-être, son histoire et ses anecdotes sont attribuées à d'autres, comme dans ce passage du "Jour le Plus Long" où un aumônier parachutiste britannique plonge pour retrouver son autel portatif. Ça, c'est l'histoire du Chaplain Sampson, de la 101e et réellement, cela se passe à Saint-Côme-du-Mont, dans la Douve. Quant au colonel Moseley, 101e Airborne, le premier Colonel allié à atterrir en France, son histoire où il donne ses ordres depuis un chariot avec une jambe cassée, a été attribuée à un colonel de la 82e interprété par John Wayne.
Pour la plupart, cela peut sembler être des détails insignifiants, mais pour le respect de l'histoire et de ces hommes qui ont payé de leur vie pour notre liberté, il est important que l'histoire se souvienne d'eux comme ils ont vécu et là où ils ont vécu.

Aux Etats-Unis, s'attribuer les faits d'armes, les honneurs qui vont avec, ou l'uniforme d'autres, porte un nom : "Stolen valor".

Si le ‘Jour le plus Long’ est devenu culte, il n'en est pas moins une fiction où l'histoire est massacrée. Mais défaire un mythe de versions occultées par le récit communément admis n'est pas chose facile. Et gare à celui-ci qui tente de démonter les idées reçues car dans la région, l'on aime pas être dessaisi de ses représentations habituelles, fussent-elles tronquées.

Selon le Général Eisenhower, Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe, Carentan (l'objectif de la 101e Airborne) est la clé du débarquement. Dans ses mémoires, il écrira : "Le 7 Juin, j'ai fait le tour de la zone du débarquement en compagnie de l'amiral Ramsay, et je me suis entretenu avec le Field Marschal Montgomery, le général Bradley, et les commandants des forces navales. Tous étaient inquiets des conditions de débarquement défavorables et aspiraient à une amélioration de la météo qui permettrait à nos troupes d'exploiter pleinement leurs premiers succès... Sur la plage d'Omaha, qui continuait à nous causer le plus d'anxiété, le général Bradley nous a signalé une certaine amélioration, mais suite à cette réunion des commandants, je décidais de modifier le plan tactique immédiatement afin que toutes les forces américaines, le V et VII Corps, se concentrent sur la liaison des plages de débarquement à Carentan."

Pour le Général Bradley également, c'est l'objectif de la 101e airborne qui est primordial. « Un risque majeur de l'opération Overlord était qu’une fois à terre, les Alliés seraient incapables de relier et consolider les cinq têtes de pont avant que les Allemands ne montent une contre-attaque blindée majeure visant à diviser leurs forces et de les rejeter à la mer. Cette menace pour la liaison des plages se matérialisa. À cet instant, Carentan était sans doute le point le plus vital de toute l’opération à cause de la précarité des défenses américaines qui s’y trouvaient. Le secteur était détenu par la 101e division aéroportée, qui avait été pratiquement isolée sur le secteur.

Dans la planification de l'opération Overlord, Carentan avait été désigné comme un objectif principal du D-Day, car il se trouvait entre les plages de débarquement d’Omaha et Utah. Après une étude plus approfondie, sa capture avait été jugée trop ambitieuse, et il a été décidé que la ville serait prise plus tard, lorsque la situation tactique serait plus favorable. La mission révisée de la 101e division aéroportée était de prendre les rivières et canaux au nord, à SAINT-COME-DU-MONT et au nord-est de CARENTAN. » Cependant le général Bradley tenait à capturer Carentan au plus vite, et la voulait pour le Jour-J +1. S’il n’y arrivait pas, il était prêt à la détruire, si nécessaire, et nota encore dans ses mémoires : «Nous devons rejoindre le général Gerow au plus vite. J’avais dit au général Collins, anticipant des difficultés dans ces marais : si cela devient nécessaire pour gagner du temps, envoyez 500 ou même 1000 tonnes de bombes sur Carentan et détruisez la ville. Ensuite, précipitez-vous et vous l'obtiendrez*. »

*Source: Major General Maurice Rose: World War II's Greatest Forgotten

Alors, on en parle?

101ST NORMANDY